Boeing renoue avec les bénéfices grâce aux cessions d’actifs et au rebond des livraisons d’avions commerciaux, signant en 2025 son premier exercice dans le vert depuis 2018, mais sa reprise reste largement portée par un gain exceptionnel et s’inscrit encore dans un contexte industriel fragile.

Le constructeur Boeing a annoncé pour 2025 un bénéfice net de 2,24 milliards de dollars, après une lourde perte de 11,83 milliards en 2024, porté par une forte hausse des livraisons d’avions commerciaux et surtout par une plus-value de 9,6 milliards liée à la cession partielle de son activité Digital Aviation Solutions. C’est son premier exercice positif depuis 2018. Au quatrième trimestre, le constructeur a dégagé un résultat net de 8,22 milliards de dollars, à comparer à une perte de 3,861 milliards sur la même période de 2024.

Son chiffre d’affaires annuel progresse de 34%, à 89,5 milliards de dollars, tandis que le carnet de commandes atteint un niveau record de 682 milliards, dont plus de 6 100 avions commerciaux. Sur le seul quatrième trimestre, les revenus atteignent 23,9 milliards de dollars, contre 15,2 milliards un an plus tôt, portés par 160 livraisons d’avions commerciaux. Derrière ce redressement spectaculaire, Boeing reste toutefois sous étroite surveillance réglementaire, avec des programmes clés comme le 737 MAX et le 777X toujours sous pression.

Un retour aux bénéfices sous perfusion de cessions, mais un carnet de commandes qui se remplit

Ce spectaculaire retournement tient en grande partie à la vente partielle de Digital Aviation Solutions, une activité regroupant notamment Jeppesen, qui génère un gain de 9,6 milliards de dollars et augmente le bénéfice par action de 11,83 dollars. « Nous avons accompli des progrès significatifs dans notre redressement en 2025 et posé les bases pour poursuivre cette dynamique dans l’année à venir », a déclaré le directeur général Kelly Ortberg, en insistant sur la priorité donnée à la sécurité, la qualité et la stabilité de la production.

Le groupe met en avant un carnet de commandes total porté à un record de 682 milliards de dollars, tous segments confondus, avec les divisions aviation commerciale, défense et services chacune à un plus haut historique. Ce portefeuille comprend plus de 6 100 avions commerciaux, d’une valeur d’environ 567 milliards de dollars, signe d’une demande soutenue de la part des compagnies aériennes malgré les tensions sur les chaînes d’approvisionnement. En 2025, Boeing a enregistré 1 173 commandes nettes d’avions commerciaux, incluant notamment des 737 MAX 10, 787-9 et 777-9 pour des clients comme Alaska Airlines et Emirates.

Livraisons au plus haut depuis 2018 mais marge encore sous pression

Le pilier commercial de Boeing retrouve des volumes inédits depuis la crise du 737 MAX, avec 600 avions livrés en 2025, soit le plus haut niveau depuis 2018. Ces livraisons sont dominées par la famille 737 MAX, dans un environnement de production jugé plus stable, même si le groupe reconnaît que la montée en cadence reste progressive.

Au quatrième trimestre, la division Commercial Airplanes affiche un chiffre d’affaires de 11,4 milliards de dollars, mais avec une marge opérationnelle toujours négative de –5,6%, malgré une amélioration par rapport à –43,9% un an plus tôt. Boeing explique que ces résultats intègrent notamment les effets de l’acquisition de Spirit AeroSystems, fournisseur stratégique de fuselages et de structures, finalisée en décembre 2025 afin de renforcer le contrôle industriel de la chaîne d’approvisionnement. Les activités Defense, Space & Security et Global Services contribuent également à la hausse du chiffre d’affaires, même si la défense reste pénalisée par des charges sur certains programmes, notamment le ravitailleur KC‑46A.

Trésorerie en amélioration mais dépendante d’éléments exceptionnels

Sur le plan financier, le flux de trésorerie d’exploitation redevient positif, à 1,331 milliard de dollars au quatrième trimestre 2025, contre une consommation de trésorerie de 3,45 milliards un an plus tôt. Le free cash-flow, indicateur clé pour les investisseurs, atteint 0,4 milliard de dollars au quatrième trimestre, après un flux négatif de 4,098 milliards sur la même période en 2024.

Sur l’ensemble de l’année, Boeing affiche environ 1,065 milliard de dollars de flux de trésorerie d’exploitation, là encore en nette amélioration par rapport à une consommation de plus de 12 milliards l’année précédente. Le groupe termine 2025 avec 29,4 milliards de dollars de trésorerie et placements à court terme, pour une dette consolidée de 54,1 milliards de dollars, un profil qui reste lourd mais stabilisé grâce aux cessions d’actifs et au redressement des livraisons. « Nous restons concentrés sur des opérations stables, l’achèvement de nos programmes de développement, la reconstruction de la confiance de nos parties prenantes et le plein rétablissement de Boeing en tant qu’entreprise emblématique », souligne encore Kelly Ortberg.

MAX, 777X et surveillance de la FAA : un redressement encore fragile

Si les comptes repassent dans le vert, Boeing n’est pas pour autant sorti de l’ornière sur le plan industriel et réglementaire. Les programmes 737 MAX 7 et 737 MAX 10 n’ont pas encore achevé leur parcours de certification, même si la Federal Aviation Administration (FAA) a validé en 2025 la phase deux des essais en vol pour le 737 MAX 10, étape décisive vers une mise en service commerciale.

Parallèlement, la FAA a levé le plafond qui limitait depuis début 2024 la production du 737 MAX, autorisant Boeing à augmenter graduellement le rythme de 38 à 42 appareils par mois dans son usine de Renton, sous réserve du maintien de renforcements stricts des contrôles qualité. Si le taux de 42 appareils par mois est désormais approuvé sur le plan réglementaire, plusieurs analyses estiment que le programme reste stabilisé opérationnellement plus près de 38 appareils, le constructeur n’ayant pas encore démontré une stabilité durable à un rythme plus élevé. Dans ce contexte, la montée en cadence demeure « étroitement encadrée » par la FAA, qui poursuit les inspections sur site et conditionne tout relèvement supplémentaire au respect de procédures de sécurité renforcées.

Le programme long-courrier 777X reste, lui aussi, en retard sur le calendrier initial, avec une certification et une entrée en service repoussées au‑delà des premières échéances envisagées – au premier trimestre 2027 semble-t-il- ce qui continue de peser sur le portefeuille produits de Boeing sur le segment gros-porteurs. En toile de fond, le rachat de Spirit AeroSystems doit permettre au groupe de reprendre la main sur des maillons critiques de sa chaîne d’approvisionnement, mais son intégration industrielle, sociale et financière constituera l’un des tests majeurs de la stratégie de redressement de l’avionneur dans les prochaines années.

Porté par une méga‑cession d’actifs, Boeing signe son premier bénéfice annuel depuis 2018 1 Air Journal

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